Anticipation et Analyse stratégique, le 2r3s se manifeste sur le front

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Entretien avec MM David Vigneron, Secrétaire Général du 2r3s et Jérôme Pigné, Président et co-fondateur du 2r3s.

1- Les 5 et 6 décembre 2018 à Ouagadougou, le 2r3s livrait ses réflexions sur les alternatives de paix et de sécurité en zone sahélo-saharienne devant les parlementaires et des leaders religieux des pays du G5 Sahel. Trois mois après, quelles en sont vos impressions ?

Le 2r3s était représenté par son président et co-fondateur Jérôme Pigné, lors de ces deux importantes réunions, organisées par la Fondation Konrad Adenauer. Nous sommes satisfaits du suivi qui a été effectué et la poursuite des efforts fournis par le 2r3s et ses différents partenaires pour renforcer le rôle joué par les parlementaires et les différentes composantes de la société civile au Sahel. Le Comité Interparlementaires du G5 Sahel (CIP G5 Sahel) a été validé en décembre dernier à Paris et notre organisation est en passe de signer, avec le parlement burkinabè, une convention de partenariat pour renforcer les capacités et l’expertise des parlementaires, dans l’exercice de leur mandat.

Au niveau de la société civile, nous sommes actuellement mobilisés autour d’un projet qui renforcera les liens entre les OSC, les diasporas sahéliennes en France et en Europe et la communauté des experts (médias, praticiens, chercheurs). Ce projet est un appel à la résilience des sociétés et de la jeunesse sahéliennes qui s’inscrit pleinement dans la logique de la plateforme MIPAS (Mécanisme International de Prévention et d’Anticipation des situations de fragilité au Sahel et en Afrique de l’Ouest). Nous envisageons d’organiser une première rencontre d’ici le mois de juillet 2019 sur la thématique suivante : « société civile, jeunesse et culture stratégique : renforcer l’esprit critique des sociétés sahéliennes ».

2- Le 17 janvier 2019 à Ouagadougou s’ouvrait un autre atelier, une initiative de votre réseau. Pouvez-vous revenir sur les acteurs présents et les thématiques abordées ?

Nous avions fait le choix d’inviter toutes les parties prenantes à la thématique de l’alerte précoce et du renforcement des capacités. En l’état, était présents des OSC (associations de femmes et de jeunes, des journalistes et des membres d’association représentatives). De plus, la thématique étant politique, les délégations les plus représentées concernaient les acteurs étatiques (réseaux parlementaires, cabinet de la présidence et ministère de l’Économie). Les thématiques abordées revêtaient principalement d’une dimension pratique. En premier lieu, nous avons fait un état de l’art des systèmes d’alerte précoce ou des initiatives semblables existantes (WANEP : West African Network for Peacebuilding, Centre National d’Alerte Précoce – CNAP). Ensuite, nous avons expliqué ce que serait le futur mécanisme MIPAS. Simplement, il s’agit d’une plateforme qui serait au cœur de l’action du renforcement des capacités mettant en relation toutes les parties prenantes des outils de veille et d’alerte précoce.

3- Quel est l’impact du projet MIPAS vis-à-vis des acteurs de la réflexion et ceux de la décision ?

MIPAS a avant tout une vocation opérationnelle c’est-à-dire que cette initiative doit être une sorte de catharsis pour mener à bien les différents projets qui y seront intégrés. Par exemple, nous comptons mettre en place des plateformes de jeunes, de parlementaires ou de femmes à l’échelle des pays du G5 Sahel. Son point de départ est un projet créé par des chercheurs, en conséquence, il est constante évolution avec les préoccupations et problématiques scientifiques de la région. De leur côté, MIPAS peut être considéré comme étant un système d’aide à la décision cogéré à la base par des chercheurs. Le projet tentera d’englober l’ensemble des acteurs impliqués.

4- Quelles étaient les préoccupations des participants ?

Les participants souhaitaient être édifiés sur les contours et le fonctionnement de la plateforme MIPAS ainsi que sur leur rôle au sein des outils novateurs que nous proposons en matière d’analyse, de veille et d’alerte précoce. La feuille de route issue de cet atelier a été bâtie sur les préoccupations et requêtes des partenaires, qu’ils représentent le pouvoir exécutif, le législatif, la société civile, ou encore les organisations multilatérales. Un travail important a été abattu en amont de la réunion pour que les débats aient pour point de départ les préoccupations des participants et futures parties prenantes de MIPAS.

D’une manière générale, nos partenaires insistent sur la nécessité de mettre en cohérence notre initiative par rapport à la multitude d’actions menées au Sahel. Nos interlocuteurs demandent également que notre mobilisation soit pérenne et qu’un véritable mécanisme de suivi et évaluation puisse être mis en œuvre.

5- Avez-vous des réponses à leurs préoccupations ?

Les différentes propositions émanant de la plateforme MIPAS tentent de répondre à leurs préoccupations, en matière de coordination, de suivi/évaluation, de projets pensés sur la base des besoins des acteurs locaux et réalités du terrain.

6- En quoi consiste l’importance des journalistes et des médias dans la mise en œuvre du projet MIPAS ?

Les journalistes ont un rôle primordial dans le cadre de MIPAS car ceux-ci sont principalement à l’origine des informations remontées du terrain. De plus, ils forment un réseau incontournable pour nous par leur représentativité en tant qu’acteurs clefs faisant le lien entre la réflexion et la décision. De plus, les médias ont un rôle à jouer dans la production et la diffusion d’une narration locale sahélienne.

7- Quel est votre projet à l’endroit des journalistes burkinabè engagés dans la communication sur le terrorisme dans le Sahel ?

Le 2r3s propose un projet développé étroitement avec les journalistes et acteurs des médias dans la région du Sahel. Il s’articule autour de plusieurs axes. Tout d’abord, proposer des séminaires et des formations pour renforcer la professionnalisation (aspects techniques) et l’expertise des médias, en matière de sujets liés au développement et à la sécurité au Sahel. Ces propositions ne sont pas une finalité en tant que telle. Elles ont vocation à dynamiser le rôle joué par les journalistes en matière d’analyses, de veille et d’alerte précoce.

8- Qui sont vos soutiens ?

Le 2r3s n’aurait aucune légitimité sans le soutien des États sahéliens, corrélée à une véritable implication des acteurs locaux (OSC, représentants des communautés). Le gouvernement du Burkina Faso, le Mali et l’Autorité du Liptako-Gourma sont les partenaires sensibilisés et disponibles pour accompagner la mise en œuvre de nos actions. Nous avons également des échanges croissants avec le G5 Sahel, la CEDEAO et plusieurs partenaires internationaux tels que l’Union européenne et l’OIF.

9- Votre dernier mot….

Nous tenons à remercier tout d’abord les autorités burkinabè qui se sont mobilisées pour nous recevoir et pouvoir organiser cet évènement, mais aussi des remerciements chaleureux à l’ensemble des personnes présentes lors de l’atelier et à la délégation de l’Union européenne.

Interview réalisé par:

Hamidou Elhadji Touré,

Malimédias,

Coordination des journalistes du G5 Sahel, Bamako, Mali.