Mon point de vue

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Développement de l’actualité ces dernières semaines.

1. Contexte
La crise multidimensionnelle que connait le Mali tire sa source de celle de la Lybie.
Ainsi, plusieurs colonnes de combattants avec bagages et armements se sont retrouvés au Nord du Mali occasionnant du coup une grande insécurité.
D’abord les maliens avaient pensé que c’étaient des Razzias pour découvrir plus tard non sans regret que des indépendantistes aspiraient à une République sous l’appellation d’AZAWAD.
Des négociations sont alors engagées suite à des exactions de part et d’autre.
Plus tard quel ne fut le regret de constater que des djihadistes avaient profité de la situation délétère pour s’installer dans tout le septentrion du Mali et même instauré la sharia comme système de gouvernance.

D’autre part, les hommes politiques ne s’entendant pas sur l’organisation d’élections ont amené les militaires à faire un coup d’état contre la République et à s’emparer du pouvoir.

Dès lors, la boîte à Pandore est ouverte.
La Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Communauté Internationale avaient condamné avec vigueur ce coup de force militaire et imposé aux putschistes un président de transition civil.
C’est ainsi qu’un civil a été nommé à la tête de l’Etat malien qui désormais vit sous un bicéphalisme, entre les militaires du CNRDE et la Transition civile, dirigée par le Président de l’Assemblée nationale d’alors.

C’est donc le Président de la Transition civile qui a fait appel à l’armée française pour empêcher la progression des djihadistes qui se trouvaient déjà aux portes de la capitale.
La France a répondu à cet appel à d’abord freiné l’avancée djihadiste qui a même été repoussée jusqu’à leur dernier retranchement qui se trouve être Kidal.

Les indépendantistes n’ayant pas dit leur dernier mot proposèrent alors à la france une indépendance contre l’exploitation des gisements de la zone que d’autres avaient vu comme une indépendance contre appui à la lutte contre les djihadistes.

L’appétit venant en mangeant, les français appuyés par d’autres armées européennes se sont progressivement installés au Nord du Mali sous la couverture de la Mission Multidimensionnelle des Nations-unies pour le Mali et de la Force Serval qui finit par muer en force Barkhane.
Pendant ce temps la transition organise des élections tant bien que mal et la vie constitutionnelle revient à la normale, le nouveau Président par des mots durs et populistes s’engage à lutter contre l’autre gangréne qu’est la corruption et cela, sans compter sur une famille malveillante qui finit d’ailleurs par être à la source de tous ses malheurs jusqu’à sa chute par la rue.

Ainsi, le Mali entre désarroi et turbulences a continué à survivre sous la perfusion de la communauté internationale et des partenaires bilatéraux.

Un certain nombre d’hommes politiques et de mouvements associatifs ne pouvant plus supporter le fils imprudent et les agissements “irresponsables” d’un Président qui se trouve en totale déphasage avec les réalités du moment se retrouvent autour d’un célèbre leader religieux pour former le M5 RFP (Mouvement du 5 juin Rassemblement des Forces Patriotiques).
C’est donc ce mouvement qui suite à des manifestations ont poussé le Presidnet dans son dernier retranchement jusqu’à amener des jeunes officiers militaires à prendre les choses en main, nous sommes le 19 aout 2020.

Les jeunes officiers que beaucoup qualifiaient de novices ont vite pris les politiciens de court en ajoutant à la Constitution une charte de la transition sachant déjà que la CEDEAO allait les imposer un civil comme président de transition. Ils sont ainsi allés chercher un ancien général à la retraite pour le poste de Président.
Et là aussi le bicéphalisme refait surface entre d’un côté les militaires du CNSP (Conseil ou Comite National pour le Salut du Peuple) avec à sa tête un Vice-président chargé de la sécurité et un Président civil.
Quelques mois plutard le Vice-président s’est senti trahi par son président et a voulu selon leur terme rectifier la transition en écartant ce dernier et s’accaparer du poste de Président de la transition et nommé un Premier ministre issu du M5RFP.

Pendant ce temps les missions de médiation avec la CEDEAO ne cessent de se multiplier entre Bamako et les capitales des pays membres de l’organisation.
Malheureusement la situation sécuritaire continuait de se dégrade.

Une crise diplomatique

Le Président de la transition et son Premier ministre se sont alors décidés à changer de stratégie en négociant avec une société russe dite de “mercenaires” et pour cela il fallait vraiment créer les condition d’une rupture avec la France qui déjà faisait mauvaise impression au sein de la population.

Tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins
Ainsi le PM de la transition profite de la tribune des Nations-unies pour lancer des boutades à la France en disant “qu’ils ont été abandonnés en plein vol par leur partenaire” et que le Mali pays souverain se serait senti trahi donc a souhaité multiplier ses partenaires pour conquérir l’intégrité du territoire national et entamer des reformes avant toute élection.
La France n’ayant pas apprécié ce discours a qualifié les autorités de la transition d’illégitimes et d’irresponsables. Et le fossé s’est creusé et approfondi.

La CEDEAO n’a pas baissé les bras sur l’organisation d’élections pour un retour à une vie constitutionnelle normale. En réponse les autorités de la transition ont suggéré l’organisation de concertations inclusives de tous les maliens (Assises Nationales pour la Refondation) -ANR- sur la refondation de l’État et sur des questions d’ordre spécifique comme la durée de la transition.
C’est à propos qu’un chronogramme de cinq (05) ans fut proposé par les autorités de la transition à la CEDEAO jugé exorbitant voir inacceptable. La CEDEAO a demandé de revoir ce chronogramme à la baisse sur une durée raisonnable sous peine de sanctions contre les autorités de la transition.

Et pour joindre l’acte à la parole, à la réunion extraordinaire des Chefs d’état de al CEDEAO des sanctions ont été prise contre les autorités de la transition entre autre la fermeture des frontières aériennes et terrestres, la suspension des transactions financières avec la BCEAO et comme pour répondre du berger à la bergère le Mali a aussi décidé de fermer pas seulement ses frontières avec les pays de la CEDEAO mais aussi sont espace aérien.

Les choses se durcissent

Le gouvernement organise un meeting géant qui a mobilisé plus de 2 000 000 de personnes sur le boulevard de l’indépendance pour soutenir la transition dans son bras de fer d’une part avec la France et d’autre part avec la CEDEAO

Défie ou soutien

C’est vrai qu’une fibre patriotique plus ou moins manipulée et un nationalisme propre à tous les africains ont motivé les maliens mais hélas la citoyenneté n’est pas au rendez vous.
Mais, touchez à la République et vous encourez le courroux du Malien.
Touchez au Mali et vous trouverez le malien nationaliste sur votre chemin
Cependant demandez au malien de s’acquitter de ses impôts et là vous vous rendez compte que son patriotisme est sans fondement.

Tandis que les soutiens ignorants poussent les autorités à sortir de la CEDEAO et à privilégier sa monnaie, les avertis appellent à plus de modération de la part des autorités.
Entre temps la liberté d’expression est mise en mal. Pour peu on risque de se retrouver à la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako, à défaut de se faire enlever et bastonner par des inconnus.

Ainsi la tension a continué de prendre l’ascenseur et des écarts de langage à travers presse interposée éloignent les points de vue.

Les autorités de la transition durcissent le ton et deviennent intransigeant sur leur volonté de refondre l’État, de circonscrire la gabegie et écarter la France et ses amis, alors que la France se bat pour maintenir les pressions diplomatiques et économiques sur les autorités de la transition.

Les jeunes officiers que tout le monde jugeait novices ont trouvé des stratégies d’abord pour convaincre les citoyens que les sanctions de la CEDEAO étaient contre le peuple malien ensuite d’enrôler certains partenaires comme la Russie, la Turquie et la chine avec elles.

En tout et du moins qu’on puisse dire c’est que les autorités de la transition peuvent être illégales mais ne sont pas illégitimes car elles sont interlocutrices de la CEDEAO et ont souvent reçu des partenaires au nom du Mali.
Elles demeurent d’ici la date butoir du 27 février 2022 acceptée par la CEDEAO et la CI légitimes.
Du coup, il sera important et même très crucial pour les autorités de revoir le chronogramme surtout en associant les partis politiques et la société civile pour un délai plus raisonnable afin que le Mali retrouve le concert des nations et pour le bonheur du citoyen lambda qui est d’ailleurs dépourvu de toute emprise sur la situation.

TOURE Hamidou Elhadji

Journaliste Expert Medias et Sécurité