Opposition démocratique : que vaut et veut Tiébilé Dramé ?

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Par Le Reporter

 Tiébilé Dramé fut un ex-leader du mouvement estudiantin. Naguère exilé à Paris, il a travaillé pour Amnesty international. Durant son séjour parisien, il passa un DEA (Diplôme Eudes Approfondies) sur l’histoire de l’Afrique.

À la chute de Moussa Traoré, il fut ministre des Affaires étrangères. Par la suite, il fut ministre des Zones arides et semi-arides. Ministère flou, à la compétence mal définie. Ce ministère couvrait au moins les zones de conflits actuels. L’histoire, la grande comme la petite ne retient rien de ses magistères. Il est en secondes noces, gendre de l’ex-président, Alpha Oumar Konaré, dorénavant sourd-muet, usurpateur de notre domaine public à Titibougou, ce domaine de la honte. Nul ne prescrit contre le peuple. Tôt ou tard, ce domaine reviendra à son propriétaire légitime : le peuple malien. Tiébilé Dramé est donc président, pour ne pas dire propriétaire de son parti. Au Mali, hélas, nombre de partis sont des fonds de commerce.

Le Parena : un poids électoral insignifiant- un énorme poids médiatique

Le Parena (Parti de la Renaissance nationale) issu d’une scission avec le CNID (Congrès national d’initiative démocratique) ne représente rien sur l’échiquier politique national. Cependant, médiatiquement parlant, son président Tiébilé Dramé, après avoir été pendant plus d’une décennie dans la lutte contre le lieutenant-général  Moussa Traoré, après avoir vécu en France des années durant, après avoir été ministre plusieurs fois, en étant au sens propre du terme patron de presse, a une certaine aura. Il a su cultiver ses réseaux. Il est fin politique.

Mea-culpa

Nous avons cru de bonne foi après sa sortie médiatique au titre : «IBK, 7 mois après : le Mali dans l’impasse»  que Tiébilé Dramé avait compris pourquoi le Mali était en crises et que désormais il est vent débout pour le mieux-être du Mali dans la lutte sans merci contre la corruption et l’impunité. Mais que nenni.

L’interview terrible

IBK a accordé une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique. Le vieux journaliste François Soudan qui connaît très bien notre état d’esprit lui a exactement posé cette question : «Pourquoi ne pas avoir voulu, pu ou su ramener à vos côtés un opposant tel que Tiébilé Dramé ?»  La réponse d’IBK très limpide est sans ambiguïtés, IBK répond par :

«Le lundi 23 septembre 2013 au soir, après avoir raccompagné à l’aéroport le roi du Maroc, qui m’avait fait l’honneur d’assister à mon investiture, j’ai reçu au salon officiel, à leur demande, Soumaïla Cissé et Tiébilé Dramé. Après m’avoir félicité, ils m’ont demandé de repousser la date prévue pour les législatives –ce que j’ai immédiatement refusé, pour des raisons évidentes de crédibilité internationale. Tiébilé Dramé a alors pris la parole pour m’assurer de leur disponibilité commune à m’accompagner dans toute mission dont je les estimerais dignes. J’ai répondu que j’en étais fort aise et que le temps nous donnera à voir. Je n’en dirai pas plus.»

En toute honnêteté, nous n’avions pas cru à ses mots d’IBK, mais force est de reconnaître que le doute s’est depuis installé. La question de François Soudan est pleine de sous-entendus. Elle peut être le sujet de plusieurs thèses. Tiébilé est-il un opposant médiatique par ce qu’il n’est pas à la soupe ? Croit-on comprendre. L’avenir nous édifiera sans conteste. Que se serait-il passé si IBK avait mordu à l’hameçon ? Tiébilé se serait tu, Soumaïla aussi ? Nous serions dans notre unanimisme ravageur, destructeur.

Le Parena dans un gouvernement d’union nationale

Il est clair que le parti Parena ne vaut rien électoralement. Tiébilé Dramé après avoir été ignoré par IBK, s’est trop agité pour pouvoir exister. Il est parti très loin dans sa critique. Qu’il s’assume pour l’éternité. Ce qui est très bien pour notre démocratie. Cependant, tout récemment, profitant d’une entrevue entre un cadre Parena médecin-consul en fin de mission et le Premier ministre, une information manipulée de toutes pièces comme pour préparer l’opinion à l’entrée du Parena dans un gouvernement d’union nationale fut distillée çà et là.

Tout d’abord, ce parti exige une table ronde. Au fait, une table ronde pour quoi faire ? Les maux du Mali sont connus : la corruption et l’impunité. Alors, une table ronde, après des conférences, des séminaires, des colloques, des symposiums, des ateliers. Tout cela n’est qu’illusion. Une fin. Une ruse.

Au cours de cette table ronde, établir une feuille de route de 18 mois à 2 ans. Au fait, une feuille de route juste pour couvrir le temps nécessaire pour les futures élections législatives et présidentielle. De qui se moque-t-on ? Cher Tiébilé Dramé. Quand ces deux conditions sont réunies, aller à un gouvernement d’union nationale. Pourquoi un gouvernement d’union nationale ?

Des scrutins ont eu lieu. Il y a une majorité et une opposition. Que chacun joue son rôle. Pourquoi tenter de nous faire revenir au consensus tant décrié. Pourquoi nos hommes politiques veulent tant l’unanimisme ?

Les amis de la 25°heure d’IBK, peu à prou sont placés. Yeah Samaké est désormais blotti à New-Delhi comme ambassadeur du Mali. Il est désormais ambassadeur de son pays d’origine dans le pays d’origine de sa femme. Sa belle-famille saura désormais que leur fille ne s’est pas mariée avec n’importe qui. Quel amour propre ! Cela, c’est du grand n’importe quoi autorisé et validé par IBK. Quid des vrais cadres des Affaires étrangères ?

Racine Thiam est désormais couvé à Koulouba comme chef de la cellule de communication. Une chose est claire : le Mali, notre patrie, ne connaîtra ni paix ni stabilité, si par des moyens frauduleux, indécents, malhonnêtes et indignes, des gens arrivent à leurs fins. Cela ne fait que susciter d’autres appétits. D’autres surenchères. D’autres calamités. Il est vrai qu’IBK avec ses amis mafieux, ses accointances magouilleuses et affairistes, ses connivences affreuses est à la base de nos malheurs actuels. Le peuple trahi et volé doit pouvoir enfin se réveiller. Il est vraiment temps. Mais nul ne se sauvera si le peuple reste dans la nasse.

Blaise Compaoré a dit tenir d’un de ses conseillers les propos en substance : Le Mali peut s’écrouler, les hommes politiques maliens s’en foutent. S’il reste une parcelle de pouvoir à Bamako, ils s’entre-tueront pour. Diplomatie oblige. Blaise a diplomatiquement parlé. Son analyse est loin d’être fausse.

Si IBK veut vraiment la paix avec Tiébilé Dramé, il n’a que deux solutions : être très honnête donc à priori inattaquable. IBK ne le sera jamais, lui qui n’a pu déclarer  publiquement ses biens. Pardon nos biens. Nommer Tiébilé Dramé président de la commission d’organisation France-Afrique. Après tout, il a l’habitude de ce boulot et ça lui colle parfaitement. La mémoire de l’histoire. Cette fois-ci, il faudrait un véritable audit en fin de mission. Bureau du Végal ou Ernest et Young ? Qui dit mieux !

Il est temps pour Tiébilé Dramé de comprendre que c’est dans l’opposition qu’il est le plus utile en ce moment à son peuple. De comprendre qu’il est temps de servir enfin ce peuple qui lui a tout donné. Tout a une fin. Même si l’on reste ministre 1000 ans, un jour la terre nous mangera. L’échéance est inévitable. Vivons sans trop de calculs. Aimons passionnément notre peuple qui nous a donné ne serait-ce que l’instruction gratuite pour nous tous qui venions de loin et de très très loin. Au Mali, tout se sait.

NDLR : Nous avons mis la question de François Soudan et une partie de la réponse d’IBK est Italique.

Boubacar SOW