Mali : l’ANSIP-RJ, un groupe armé peul, se déchire

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Quatre mois après sa création, l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice (ANSIP-RJ), un mouvement politico-militaire dont l’objectif est de « mettre fin aux exactions contre les Peuls » au Mali, est déchirée entre ses deux leaders.

Dans une courte vidéo datée du 28 septembre – la première produite par ce groupe armé -, et diffusée dans la galaxie peule depuis quelques jours, Oumar Aldiana (également orthographié Aldjana), le président du mouvement, annonce la rupture avec son vice-président, Bakaye Cissé.

Assis au milieu d’un champ de verdure, vêtu d’un turban blanc et d’une tunique bleue, Aldiana dénonce en fulfulde (avec, en fond sonore, une guitare électrique) la trahison de Cissé : « Je viens de recevoir une lourde information, une information honteuse, comme quoi notre ami et frère de lutte Sidi Cissé dit Bakaye, a démissionné de l’ANSIP-RJ », dit-il calmement, tandis que son discours est sous-titré en français. Aldiana, qui assure n’avoir « aucun problème » avec Cissé, l’accuse d’avoir « rallié la Plateforme », ce qui signifie pour lui l’État malien, son principal ennemi.

Joint par téléphone alors qu’il se trouvait à la frontière avec la Mauritanie, Bakaye Cissé reconnaît avoir claqué la porte de l’ANSIP-RJ. « J’ai quitté ce mouvement car il ne répond plus aux aspirations des Peuls, indique-t-il. Aldiana veut juste commercialiser le problème peul pour en tirer d’autres profits, à savoir les vols des animaux ‘bambaras’ dans le Kareri et des animaux ‘peuls’ dans le Mema ». Il l’accuse également de recruter des hommes « pour des mouvements armés et d’autres groupes extrémistes ».

Revendication de l’attaque de Nampala

Cissé confirme en outre qu’il s’est bien rapproché de la Plateforme, la coalition des groupes armés opposés à la partition du Mali, dominée par le Gatia, le groupe d’El-Hadj Ag Gamou. « Je discute avec un mouvement peul signataire de l’accord de paix d’Alger. Il est fort probable que j’adhère à ce mouvement », affirme-t-il, sans en préciser l’identité. Il pourrait s’agir du Mouvement pour la défense de la patrie (MDP), le groupe de Hama Foune Diallo qui a vu le jour en juin (il n’a donc pas pu signer l’accord d’Alger) et dont les hommes sont basés près de la frontière mauritanienne.

Cissé, un expert financier âgé de 30 ans, natif de Niafunké, était sorti de l’anonymat en juillet lorsqu’il avait revendiqué, au nom de l’ANSIP-RJ, la sanglante attaque de la caserne militaire de Nampala, l’une des plus meurtrières de ces derniers mois (17 morts, le 19 juillet). Il assure compter aujourd’hui plus de 200 combattants avec lui (un chiffre invérifiable, qui laisse songeurs nombre d’observateurs), ainsi que des hommes politiques. Selon lui, « Oumar (Aldiana) ne parle plus qu’en son nom propre » car le mouvement qu’ils ont créé ensemble « n’existe plus »

Je n’ai jamais combattu auprès des moudjahiddines, ni d’Ansar Eddine, ni de Boko Haram, se défend Aldiana

Dans la vidéo, Aldiana (qui n’a pu être joint ces derniers jours) dément toutes les accusations que Cissé distille dans la communauté peule depuis quelques semaines. « Je n’ai jamais combattu auprès des moudjahiddines, ni d’Ansar Eddine, ni de Boko Haram », se défend-il. Il nie également s’être adonné à des pillages et assure être fréquemment en brousse « pour aider (son) peuple, victime d’amalgame, d’injustice et de génocide ».

L’ANSIP-RJ a revendiqué plusieurs attaques contre des soldats maliens depuis sa création, dont celle de Nampala (qui avait également été revendiquée par Ansar Eddine) et celle, plus récente, de Boni. Le 9 septembre, trois soldats maliens avaient péri dans cette embuscade menée contre un convoi militaire.

Rémi Carayol

Jeune Afrique