Mali: François Hollande et Mamadou Gassama: Les deux icônes du Mali Libre

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L’homme est perdu, ne reste plus que le héros

Après avoir offert à François Hollande, au cours de son quinquennat, l’accueil le plus fervent et chaleureux qu’il n’ait jamais eu de toute sa vie, après avoir élevé ce banal président en grand libérateur du Sahel, le Mali accueille maintenant sur son sol, en véritable prophète, le héros français,  Mamadou Gassama.

Ce samedi après-midi, les rues de Bamako chantaient, dansaient, célébraient le héros Mamadou. La République du Mali n’a même pas eu besoin de présenter ses excuses à ce jeune qui, il y a quelques années seulement, n’existait tout simplement pas.

 La tête dans les étoiles

Que le pauvre Mamadou Gassama, lui-même, se prête à ce genre de spectacle, transforme l’homme formidable qu’il a été, dans un élan de spontanéité et de vérité, en homme banal, aujourd’hui plongé dans le congélateur des reconnaissances officielles et de promotions égo-istes.

Décidément, l’Homme a une mémoire trop courte. Aussi vite qu’on lui ouvre les portes, le dehors cesse d’exister….le froid, le chaud ne comptent plus. Tout finit par s’arranger! Le monde est bien fait. Faut juste bosser, mériter…ah oui, le mérite. Il faut être compétent ou être un héros.

Humain, trop humain!

Une chose est de se laisser “exploiter”, vanter, célébrer par la France pour enfin arrêter de survivre, de subir, de souffrir dans son corps et son âme…. Une autre chose est de retourner auprès des “siens”, tout victorieux,  en se fondant sur cette exploitation, ces singeries de la France.

La grandeur de Mamadou Gassama ne dépend d’aucun décret,  celle-ci ne sera jamais récompensée. Tout le reste n’est que chance et indécence. Et lorsqu’on commence à considérer notre chance pour un mérite particulier….alors on contribue à creuser davatange le  long trou des inégalités.

La France, boussole mentale d’une Afrique

Mamadou rentre au Mali et se plaît à jouer au pop star…Mais non monsieur Mamadou, vous êtes mieux placé pour savoir que dans les rangs de la  jeunesse malienne, les déconsidérés se comptent par millions. Or, il se trouve que ces millions de jeunes n’ont pas eu la “chance” d’être reçu par Macron, ce  puissant “mâle blanc”……Et ça, ça crée une sacrée différence. Lorsque vous débarquez donc à Bamako, ne faites pas le “héros”…avoir des papiers français c’est une très bonne affaire personnelle, cela n’engage en rien le reste du monde. Avoir sauvé un enfant est une excellente nouvelle pour la planète qui se passe de publicité. Car la publicité, ça coûte cher. Sauver un enfant: l’acte se suffit à lui-même. Cette grandeur n’a besoin d’aucun témoin officiel. D’aucune interview! Le journaliste veut vendre du papier….il est donc prêt à tout, et surtout à RIEN.

Ces millions de jeunes maliens  n’ont pas encore eu la “chance” de se retrouver sans papier en France, ils n’ont pas encore eu l’autre “chance” de tomber sur un danger qui les pousseraient à sauver la vie d’un français au péril de leur propre vie.

Car,  si Mamadou avait eu à sauver la vie d’un autre sans papier accroché sur immeuble, qu’on nous dise, allait-on récompenser le sauveur et/ou le sauvé ou bien aucun des deux?

Qu’est-ce que Mamadou croit en rentrant au Bled? Qu’il est l’incarnation d’une race nouvelle? Croit-il libérer le Mali du marasme dans lequel il est plongé? Se dit-il que tout cela est parfaitement “mérité”, justifié? Se dit-il que tout cela sert à quelque chose de plus grand que lui-même? Ou alors, il profite simplement les bains de foules, de son instant de gloire sans s’embarrasser de réflexions inutiles, angoissantes, frustantes?

Le Mali est encore, comme la plupart des pays africains, sous assistance respiratoire. Sans conscience, il ne reconnait l’humanité de ses enfants que, si avant lui, la belle France les a distingué. Tant que la France n’élève pas un malheureux individu sans compétence particulière, ou sans chance, l’Afrique reste muette sur la réalité de ses enfants, des sans papiers.

Car, faut bien voir que les autres maliens sans papiers, ouvriers ou non ouvriers, eux, ils n’existent pas. Ils peuvent crever, se faire expulser sans que personne ne lève l’auriculaire.

Le président du Mali attend que la France reconnaisse un autre chanceux…quant aux les autres, restez sans papiers….Ni le Mali, ni la France ne souhaitent avoir affaire à vous! Souffrez et mourrez. Telle est votre devise.

Le blog de Charles Tsimi

Mediapart