L’homme qui dévait mourir: des années de guerres secrètes contre la Libye de Kadhafi.

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Quand il arrive au pouvoir le 1er septembre 1969, la Libye est un pays occupé et parmi les plus pauvres du monde. Une fois le problème des bases étrangères réglé, Mouammar Kadhafi décide de s’attaquer au problème du veau d’or noir : le pétrole. Dans un premier temps, il demande aux compagnies pétrolières une augmentation de la taxe sur le prix de référence de 40 centimes. Les experts reconnaissent que la demande est parfaitement juste et acceptable pour un brut de choix comme celui de la Libye. Mais les pétrolières, habituées au laisser-faire du roi Idriss, poussèrent les hauts cris d’orfraies pour finalement accepter un « sacrifice » de dix à treize centimes, pour « montrer leur bonne volonté », dirent-ils. Piqué au vif, Kadhafi leur lança : « Sachez que mon pays s’est passé de pétrole pendant cinq mille ans et qu’il peut s’en passer encore pendant quelques années. » « L’assurance du petit David libyen contre les Goliath du pétrole, observe l’ambassadeur français en Libye Guy Georgy, apparaissait, aux yeux de plusieurs, comme le symptôme d’un dérangement mental, une sorte de folie, et ne provoquait en général que des haussements d’épaules. »khqdqfi

En aout 1970, Kadhafi frappe au cœur du système pétrolier mondial en obtenant des compagnies une augmentation de la taxe fiscale de 50 à 58%, et le paiement des arriérés d’impôts pour la période de 1965-1970. Ce fut le grand choc! Le système pétrolier mondial imposé par les Sept Sœurs (les 7 plus grandes compagnies pétrolières au monde) depuis la découverte de l’or noir en 1850, venait d’être bouleversé par un pays africain dirigé par un colonel de 27 ans. L’onde de choc était telle que dans les capitales occidentales on se savait plus où donner la tête! Trois jours après la fin des négociations, les dirigeants des majors se rendent à Washington pour s’entretenir avec le secrétaire d’État William Roger et le conseiller à la Défense nationale du président Nixon, Henry Kissinger. La gravité de la situation n’échappe à personne mais aucune décision n’est prise. Il s’est alors produit ce que les pétrolières redoutaient depuis le début de « l’offensive » libyenne : la plupart des pays producteurs du pétrole emboitèrent le pas à la Libye. L’Iran, l’Algérie, le Koweït et l’Iraq demandèrent tous, l’un après l’autre et dans un laps de temps très court, une augmentation de taxe de 55%. Cette situation assez inattendue ouvre la voie à l’OPEP qui bataille depuis un bon moment contre les Occidentaux pour se faire entendre. Le 14 février 1971 à Téhéran, l’OPEP décide de frapper à son tour : augmentation des prix et hausse du taux d’imposition. Tout le monde se soumet. « La conférence de Téhéran, explique George Ballou, ancien conseiller d’Esso of California, fut rendue nécessaire parce que les compagnies pétrolières s’efforcèrent alors de trouver, avec les producteurs de l’OPEP, un ajustement entre les prix libyens et ceux pratiqués dans le Golfe. C’est la première fois que s’ouvrait ce genre de discussion sur les prix. »

Des violentes campagnes de presse furent orchestrées contre la Libye de Kadhafi qui était encore une fois au cœur d’un bouleversement qui ne dit son nom. « Il était clair que l’impact mondial des mesures libyennes avait affecté l’approvisionnement en brut des Sept Sœurs, pouvait-on lire dans un rapport officiel du gouvernement américain ». Et le rapport de poursuivre : « La Libye connaissait sa puissance et savait s’en servir. »

Aux États-Unis, les politiques de ce jeune colonel libyen inquiètent. Le 5 juin 1973, dans un mémorandum du Conseil National de Sécurité estampillé « secret », destiné au département d’État, au département de la Défense  et à la CIA, Henri Kissinger demande, sur recommandation du président Nixon, une étude sur la politique américaine à l’égard de la Libye.

Quelques temps après, les puissances occidentales décident d’en finir avec le « Guide libyen » qui s’attaque à tous les gouvernements africains « clients » des puissances occidentales : Tchad, Tunisie, RCA, Zaïre…

À partir de mai 1974, les services secrets occidentaux tentent d’éliminer le bouillant leader libyen. Plusieurs opérations clandestines sont montées contre Kadhafi. La tentative la plus retentissante a été l’attaque, le 8 mai 1984, de la caserne Bab al-Azizyah (le quartier général du colonel Kadhafi), par un commando du Front national pour le salut de la Libye (FNSL),  formé par la CIA et les services secrets soudanais. Caché dans un camion à ordures, ce commando parvint à pénétrer au bureau du colonel qui, entendant les coups de feu, s’enfuit par un tunnel. Repérés puis pourchassés, les assaillants furent tous liquidés.

Dans cette campagne de pourrissage, la désinformation joua un rôle déterminant.el kadhaff images khadafi

Pendant près de 40 ans, Kadhafi est perçu par l’Occident comme un fauteur de trouble, un homme qu’il faut abattre à tout prix. À l’origine du plus grand bouleversement jamais intervenu dans le secteur pétrolier, Kadhafi est aussi celui qui finance plusieurs projets en Afrique, bloque l’installation d’Africom sur le continent Noir, remet en question l’ordre cannibale ancien établit par les impérialistes. En 2008, il initia un mouvement destiné à refuser le dollar et l’euro, et appela les nations arabes et africaines à utiliser à la place une nouvelle monnaie, le dinar or. Il touchait là à l’ossature du système de domination économique du monde par les États-Unis et leurs alliés européens. C’était la ligne rouge qu’il ne fallait pas franchir. Une note « secrète » de la CIA qualifia le Guide libyen d’un « fou qu’il faut stopper ». Le Président français Nicolas Sarkozy qualifiera à son tour la Libye de menace pour la sécurité financière de l’humanité.

Dès octobre 2010, les services secrets occidentaux commencèrent à se déployer en Libye. En 2011, les États-Unis lancèrent le « printemps arabe », lequel culminera à l’invasion programmée de la Libye. L’OTAN et son « bras islamique » Al-Qaeda vont livrer au peuple libyen l’une des guerres les plus sanglantes de ce nouveau millénaire. Après 40 ans de guerres secrètes, le colonel Mouammar Kadhafi et renversé puis tué…