IBK à Paris : rien n’est cadeau !

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Le drapeau du Mali flottait fièrement aux côtés du drapeau français, le long de l’Esplanade des Invalides et de l’avenue des Champs-Elysées. Sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris, les Vert Jaune Rouge, et Bleu Blanc Rouge étaient entremêlés autour de la devise de la capitale française. IBK, président du Mali, était reçu en visite d’Etat, du mercredi 22 au jeudi 23 octobre 2015.
Une visite d’Etat est un marathon. À 15h, IBK a eu un entretien à l’Elysée avec son homologue, François Hollande. À 17h, le président du Mali, invité par Pierre Boutry, président de l’Université, a donné une conférence à la Sorbonne. Beaucoup sont restés sur leur faim, car il a davantage parlé de son parcours personnel en France, et plus particulièrement au sein de la prestigieuse université, que «de Verdun à l’opération Serval : France-Mali, une longue tradition de solidarité et de fraternité fécondes», qui était le thème annoncé. On ignore qui avait décidé que Pierre Boiley serait le présentateur de ce moment à la Sorbonne, mais certaines dents ont grincé, car, dans ses analyses de la crise sécuritaire qui prévaut au Mali depuis 2012, l’universitaire a souvent fait montre d’une certaine compréhension des revendications du groupe séparatiste. Seuls ceux qui étaient invités au dîner d’Etat offert par le président français, à 20h30 à l’Elysée, peuvent en témoigner.
Le lendemain, à 9h30, IBK a participé à l’ouverture de la conférence pour le développement du Mali «Les régions du nord au cœur de la consolidation de la paix et de la relance économique. Bâtir un Mali émergent» au siège de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), au Château de La Muette, dans le 16ème arrondissement de Paris.
À 11h, il pénétrait dans la somptueuse Salle des Fêtes de l’Hôtel de Ville, aux côtés de Anne Hidalgo, la Maire de Paris. Son discours fut assez semblable à celui prononcé la veille à la Sorbonne. Lorsqu’il a évoqué Damien Boiteux, le premier militaire français tué au Mali, lors du lancement de l’opération Serval, le 11 janvier 2013, tout le monde savait qu’il allait verser des larmes.

                                  IBK à Paris1
C’est en Falcon que le président du Mali a ensuite rejoint Douaumont, dans l’Est de la France, accompagné de Jean-Marc Todeschini, Secrétaire d’Etat aux anciens combattants, pour rendre hommage aux soldats maliens qui, enrôlés de force par l’administration coloniale française, sont morts lors de la Première Guerre mondiale, comme son propre grand-père.
Honneurs, entretiens, réceptions, émotions, certes, mais l’objectif de cette visite d’Etat était, sans aucun doute, de revenir triomphalement au pays avec les promesses d’aide financière faites à l’OCDE, par les partenaires publics et privés, nationaux, régionaux et internationaux.
Nul n’ignore que le Mali est très dépendant de l’aide extérieure. En effet, l’aide budgétaire représente un quart des ressources de l’Etat. En 2013 et 2014, 94% des 3,3 milliards d’euros promis lors de la conférence «Ensemble pour le renouveau du Mali », qui s’est tenue à Bruxelles, le 15 mai 2013, ont été engagés, et 76% décaissés. Le cycle de cette conférence s’est terminé avec la dernière réunion de suivi, à Bamako le 17 février 2015. Les recommandations finales portaient sur «l’importance de poursuivre les efforts dans le domaine de la gouvernance pour le maintien de la mobilisation des bailleurs, sur la nécessité d’une amélioration du climat des affaires pour le développement du secteur privé, et de l’élargissement de l’assiette fiscale, c’est-à-dire de mettre un terme à la sous-performance chronique du recouvrement des impôts. Des efforts pour la stabilisation du Nord ont été demandés, et les bailleurs ont souligné la nécessité d’accélérer la décentralisation.»
Les aides pour «un Mali émergent» promises ce jeudi 23 octobre, seront certainement soumises au même suivi, car comme l’a dit Angel Gurria, Secrétaire général de l’OCDE, dans son allocution d’ouverture, «le Mali fait face à des défis importants, celui de la sécurité, de la démographie, des inégalités hommes-femmes, de l’éducation et de l’emploi des jeunes, celui de l’adaptation au changement climatique, celui de l’énergie et des infrastructures, et beaucoup d’autres encore». Erik Solheim, président du Comité d’aide au développement de l’OCDE avait souligné, trois jours avant, que «seuls le président et le gouvernement du Mali peuvent nous dire, à nous les partenaires internationaux, publics ou privés, quelle est leur vision stratégique, où ils veulent emmener leur pays d’ici vingt ans, et ce qu’ils veulent offrir aux enfants du Mali. L’impulsion des dirigeants, l’expérience l’a montré, est le premier ingrédient de la réussite sur le front du développement. Viennent ensuite les politiques. Le gouvernement doit faire les bons choix, prendre les bonnes décisions, celles qui peuvent donner un coup d’accélérateur au développement du pays. Même un pays dont les besoins sont immenses doit se concentrer sur un petit nombre de priorités.» Ces propos prouvent que les partenaires du Mali ont toujours en tête les contrats d’acquisition de matériels militaires surfacturés, et l’avion présidentiel.
Ibrahim Boubacar Keita est venu à Paris pour demander de l’aide, sachant parfaitement que rien n’est cadeau. Le président du Mali n’a plus qu’à faire ce qui lui est demandé par les partenaires, et surtout expliquer aux Maliennes et aux Maliens que l’amélioration de la situation sécuritaire et du climat des affaires vise à attirer, d’abord et avant tout, les investisseurs privés, principalement étrangers, qu’ils devront rembourser la dette publique alourdie par les emprunts qu’il vient de contracter auprès des bailleurs, et leur promettre qu’il ne laissera plus les dons se perdre dans les méandres de la gestion de l’Etat.
Françoise WASSERVOGEL