Corridor Bamako-Dakar

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Les agents des deux frontières se livrent aux tracasseries sauvages !

maki
C’est le moins qu’on puisse dire, sinon les agents se comportent comme des véritables demi-dieux, tant ils traitent les voyageurs comme des esclaves aux mains des maitres négriers. La seule différence, c’est que leurs victimes sont dans des cars.
Rackets, insanités, humiliations, les maux dont souffrent les usagers du corridor Bamako Dakar sont loin d’être exhaustifs. Malgré les grands séminaires qui coûtent des millions aux pays de l’UEMOA pour la libre circulation des personnes et leurs biens entre les pays membres, un malien ne peut plus se rendre à Dakar sans pot de vin et vice-versa. Il faut payer les 1000CFA d’usage, chose devenue une obligation pour passer la frontière.
Pire, gare à une personne imprudente de demander le pourquoi de ce paiement des 1000CFA, ou au cas échéant, demander un reçu ou un papier justificatif. L’agent a le droit de décider de ton voyage. Il peut te faire retourner d’où tu viens. Sauf si tu le supplies à genou comme un fidèle croyant loue son Dieu. C’est le cas qui s’est le samedi 26 septembre dernier à la frontière du Sénégal, plus précisément au poste de douane de Moussala. Là-bas, aucun malien n’est passé sans délier le cordon de la bourse. Comme font les sénégalais avant de fouler le sol de leur Téranga natal. Selon une commerçante sénégalaise : « c’est comme ça ! Si tu ne paies pas, tu ne passes pas. » C’est-à-dire payer ce qu’on appelle l’« arrangement », sans demander un papier justificatif. Ce que nous n’avons pas accepté. Car, dans les normes, tout paiement doit être justifié. Et surtout pour une personne de média qui veut des explications claires avant de leur donner les sous. Ce fut notre cas. Et le policier, un certain Dieng nous fait savoir que nous ne pouvons plus passer la frontière du Sénégal, parce que nous avons demandé un reçu, en ces termes : « D’ailleurs, je vois dans votre carte d’identité que vous êtes journaliste. Donc comme vous voulez tout savoir, vous ne passez pas sur notre territoire ! Votre comportement est une atteinte à la sécurité nationale. Vous n’avez pas d’ordre de mission, si vous êtes journaliste. Donc je vais faire descendre vos bagages et vous ne passez pas dans notre pays. Nous ne savons pas si votre pays vous a envoyé ici pour nous espionner. J’ai déjà appelé nos chefs hiérarchiques, vous ne pouvez pas passer ! », a-t-il clamé.
Or, c’est par hasard qu’il a vu notre carte de presse qui était empochée derrière la carte d’identité nationale. D’où la réponse : « Si c’était pour vous intimider, je n’allais pas vous présenter ma carte d’identité nationale. Nous faisons partie des Etats de la CDEAO. Etre journaliste n’est pas un crime. Je ne possède pas d’un produit interdit par votre pays. Et si cette carte est interdite, je n’ai pas fait exprès. D’habitude, je la garde ici. Si je savais, j’allais la retirer avant de vous donner ma carte civile… »
M. Dieng est resté de marbre et persiste : « Vous ne pouvez pas passer parce que vous avez demandé un reçu ». Pour enfoncer le clou, son collègue ajoute : « L’égalité, c’est partout en Afrique. Ce n’est pas nous seulement qui le font. Même chez vous au Mali, les sénégalais paient avant de passer.»
Ce que nous nous demandons, demander un simple reçu est –il un crime au Sénégal ? Le Sénégal n’est-il pas un pays frère du Mali, comme le disent les autorités des deux pays ? Le Mali et le Sénégal n’ont-ils pas signé des textes au sein de la CEDEAO et de l’UEMOA pour faciliter les mouvements de leurs compatriotes ? Ou bien les chefs « hiérarchiques » de M. Dieng sont-ils allergiques aux journalistes ? A cette dernière question, nous osons répondre par un grand Non ! Car il n’y a pas un grand évènement au Sénégal que les autorités n’invitent leurs frères journalistes du Mali et vice-versa. Le fait de demander un reçu à mis du feu à la poudre.De lui à nous, il sait très bien que cette histoire d’ « arrangement » n’existe nulle part dans les textes de la CDEAO. C’est juste une loi de la jungle par les gourous des frontières des pays d’Afrique. Sinon pourquoi en faire tout un drame si c’est normal ? Ce pot de vin rendu légal est une véritable tumeur dans l’atteinte des objectifs de l’intégration africaine. Si en Afrique nous ne pouvons pas circuler au sein des pays frères sans payer un « arrangement » aux policiers de la frontière alors qu’on possède tous les documents, cela nous donne de la sueur froide. Ce qui nous a désespérés, c’est le fait que le flic ait pensé que « le Mali pourraitenvoyer un espion sur son territoire ». Le Mali et le Sénégal étaient-ils en conflit ? Pas à notre connaissance, du moins depuis l’histoire de la fédération du Mali, dont le Sénégal était un maillon spécial. En quoi l’espionnage d’un pays pauvre par un autre pays pauvre peut servir ?
En tout cas, demander des informations pour comprendre pourquoi on paie même un franc n’est pas un reportage qui demande un ordre de mission. Après l’intervention de bons samaritains qui l’ont supplié comme un Dieu, il a dit qu’il va voir avec ses « chef hiérarchiques » pour nous permettre de passer. Sans même appeler, il fait un grand soupire avant de nous donner nos document de voyage.
Il faudra des mois de sensibilisation et de formations des policiers des différentes frontières des pays africains. Car, sans un véritable changement de comportement, le mal risque de porter préjudice à l’économie des Etats de l’UEMOA. Il faut le dire, même si c’est la triste réalité, la corruption est le premier facteur qui entretient le sous-développement de l’Afrique.
source: Journal l’Annonceur                                                                                   Christelle